Le cinéaste catalan Pere Portabella fête cette année ses 100 ans ! À cette occasion, Braquage et L’Archipel proposent plusieurs séances de ses films : des courts et des longs métrages, de la fin des années 1960 au début du 21ème siècle. Ce cycle permet d’aborder l’œuvre de ce cinéaste exigeant, engagé contre le franquisme, attentif aux formes inventives de la création artistique de son temps (avec Juan Miro, Jess Franco, le musicien Carles Santos ou encore auprès de poètes et poétesses avant-gardistes catalan.es). Il fut aussi producteur de Luis Buñuel, Marco Ferreri et Carlos Saura tout en restant loin des circuits traditionnels de production. Son œuvre excentrique offre une approche stimulante de l’histoire du cinéma espagnol.
Au programme :
Vendredi 30 octobre : Vampire, errance
19h
Vampir-Cuadecuc de Pere Portabella (1971, 75’)
Vampir-Cuadecuc est sans doute un film clé pour comprendre la transition, dans le cinéma espagnol, de la période des « nouveaux cinémas » (autorisés par le gouvernement franquiste) jusqu’aux pratiques illégales, clandestines ou ouvertement contestataires du régime. Portabella filme durant le tournage de El conde Drácula de Jesús Franco, et exerce une double forme de détournement sur le travail du cinéaste : il supprime totalement la couleur et remplace la bande-son par un paysage sonore conçu par Carles Santos. Filmé de manière provocatrice en 16mm et avec un négatif sonore, les tensions entre le noir et le blanc favorisent l’étrange « matérialisme fantasmatique » de ce film qui est pensé comme une analyse révélatrice des mécanismes de construction du cinéma narratif dominant.
21h
Umbrac de Pere Portabella (1972, 85’)
S’inspirant du sentiment d’étrangeté créé par Rossellini lorsqu’il plongeait des acteurs célèbres dans des décors sauvages du sud de l’Europe, Portabella fait errer Christopher Lee dans une Barcelone onirique. Sans aucun doute le film le plus complexe structurellement et le plus profondément politique de Portabella, d’une poésie féroce. Montage d’attractions et brechtisme à profusion.
« Peu de réalisateurs depuis Resnais ont joué aussi impitoyablement avec les attentes narratives inconscientes pour nous déstabiliser. » Jonathan Rosembaun

Samedi 31 octobre : contre Franco !
17h
Informe General de Pere Portabella (1976, 150’)
Ce film constitue la synthèse entre les films clandestins ouvertement politiques de Portabella et son environnement. Tourné dans les mois qui ont suivi la mort du général Franco, il s’agit d’un documentaire réalisé selon les techniques d’un film de fiction. Maillon cohérent d’une filmographie visant à explorer les limites cinématographiques, Informe General traite de la future représentation politique dans la transition espagnole, avec une vocation démocratique claire. Les intervenant.es s’intéressent à une seule et même question : comment passer d’une dictature à une démocratie ?

Vendredi 6 novembre : Avec Miro
20h30
Miro, l’attre de Pere Portabella (1969, 15′)
Pour promouvoir l’exposition Miró Otro organisée en 1969, Pere Portabella a filmé Miró peignant la fresque murale sur les vitrines du rez-de-chaussée. Portabella ne souhaitait pas simplement réaliser un documentaire témoignage. Il accepta de filmer à condition qu’à la fin de l’exposition, Joan Miró lui-même, avec l’aide du personnel d’entretien, efface ses propres peintures. Joan Miró accepta sans hésiter.
Aidez l’Espagne de Pere Portabella (1969, 5′)
Le Collège des architectes de Catalogne a commandé ce film à Pere Portabella pour la rétrospective de Joan Miró en 1969. Le film est un montage d’actualités et d’images d’archives de la guerre civile espagnole, mêlées à des estampes de Miró issues de la série Barcelone (1939-1944).
Miró la forja (La forge) de Pere Portabella (1973, 24’)
Ce film a été commandé par la Galerie Maeght pour commémorer l’exposition consacrée à Joan Miró, organisée en mai 1974. Le tournage a duré cinq jours et montre le processus de fusion et de moulage de l’œuvre intitulée « Puertas Mallorquinas ». Les sculptures en bronze pèsent respectivement 1 200, 800 et 650 kilos et ont été coulées d’un seul tenant dans un four spécialement construit pour l’occasion.
Miro Tapis de Pere Portabella (1973, 22’)
Le film a été tourné durant le processus de réalisation, qui a duré huit mois, d’une tapisserie originale pour laquelle 1 200 kilos de laine ont été utilisés, dont 600 kilos pour la chaîne. La tapisserie mesurait 6 mètres de large et 11 mètres de long et pesait au total 3 500 kilos. Un métier à tisser spécial a dû être construit pour la réaliser. Le 11 septembre 2001, jour de l’attaque des tours jumelles du World Trade Center à New York, la tapisserie était accrochée dans le hall de l’une des tours et a été détruite en même temps que celle-ci.

Samedi 7 novembre : Avec Carles Santos
14h30
Pont de Varsòvia/Le Pont de Varsovie de Pere Portabella (1989, 88’)
Pont de Varsòvia date de 1989, année de la chute du mur de Berlin. Ce film nous offre des images éclatantes des nouveaux intellectuels et des classes politiques européennes amnésiques et progressistes. Mais sous cette surface étincelante d’événements socioculturels spectaculaires et d’une vie frivole dans une Europe heureuse, se cache la tension des souvenirs fragmentés et des cataclysmes personnels et historiques. Filmé avec la méticulosité du cinéma commercial contemporain, Pont de Varsòvia pulvérise l’intrigue en mille morceaux dans un paysage européen déchiré par le retour de l’Histoire. Il n’est donc pas surprenant que deux ans plus tard, Godard signe un film jumeau, Allemagne année 90, héritier explicite de l’Allemagne année zéro de Rossellini , qui se déroule en 1947 dans l’Europe d’après-guerre.

16h30
Play Back de Pere Portabella (1970, 9′)
La pièce Play Back est présentée comme une répétition à petite échelle, au sens double du terme. Elle s’inscrit dans l’ensemble des œuvres que Portabella consacre à l’analyse de la « matérialité » des langages esthétiques et culturels. Le film accompagne les répétitions que Carles Santos mène pour l’enregistrement de la bande originale du film Gaudí (1970) de Clovis Prévost (1970).
La tempesta de Pere Portabella (2003, 6′)
Des corps nus sont ballottés par l’eau, accompagnés par la musique d’Il Temporale, extrait de l’opéra La Cenerentola, et de l’ouverture du Barbier de Séville, tous deux composés par Gioacchino Rossini. Ce film fait partie d’un spectacle de Carles Santos : El compositor, la cantante, el cocinero y la pecadora (Le compositeur, la chanteuse, le cuisinier et la pécheresse).
Accio Santos de Pere Portabella (1973, 12′)
Film conceptuel emblématique de Portabella, Acció Santos est imprégné d’une auto-analyse des langages artistiques des années soixante. Le film se divise en deux grandes séquences : Carles Santos interprétant les 12 Études, op. 25 – n° 7 en do dièse mineur de Frédéric Chopin ; Santos écoutant son propre enregistrement sur un lecteur de musique.
Visca el piano! No al no de Pere Portabella (2006, 12′)
Carles Santos interprète quelques-unes de ses pièces au piano. Film réalisé pour l’exposition « Carles Santos Visca el Piano ! » qui lui a été consacrée à la Fundació Miró de Barcelone durant l’été 2006.
No compteu amb els dits / Ne compte pas sur tes doigts de Pere Portabella (1967, 28’)
Portabella s’attache à rechercher un nouveau type de récit en s’écartant de la formule de production institutionnelle. En utilisant les règles techniques des films publicitaires pour construire une structure narrative, ce premier film de Portabella serait inconcevable sans la poésie de Joan Brossa faite de jeux de mots, de puissantes métaphores visuelles et d’une sorte de fascination pour les modes de représentation traditionnels.
Infos pratiques :
le cycle se déroule au Cinéma L’Archipel, 17 bd de Strasbourg / https://www.larchipelcinema.com
Avec le soutien de AccióPortabella / https://www.accionportabella.es/cat/
